Appeville au coeur des marais du Cotentin.

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Occupation.

APPEVILLE PENDANT L’OCCUPATION

Évoquer l’occupation Allemande de 1940 à 1944 n’est pas chose aisée au jour aujourd’hui. Beaucoup de témoins ont disparu et les souvenirs des derniers se sont éloignés avec le temps même si pour eux ce fut un moment fort de leur vie. A cela il faut ajouter les rumeurs qui ont accompagné cette période difficile de notre histoire. Cependant il a été possible de revisiter ces quatre années d’occupation avec plusieurs de nos anciens.
En 1940 Roger a 17 ans, il travaille dans la ferme de Monsieur Louis Ledoux, il y travaillera seul pendant toute l’occupation. Monsieur Louis Ledoux mobilisé sera fait prisonnier et ne reviendra qu’en 1945. Sur les trente deux habitants mobilisés en 1939 dix neuf seront faits prisonniers.
En juin 1940, Roger se souvient que son père avait été affecté au service de garde civique et à ce titre le jour de l’arrivée des soldats allemands il gardait avec d’autres le pont de Baupte. A l’arrivée des engins motorisés ils n’avaient pu que s’écarter et ensuite rentrer chez eux.
A Appeville, un autre groupe de ce même service de garde civique était affecté à la garde de l’entrée de la commune. La nuit dans un moment de confusion un habitant en poste tire avec son fusil de chasse et blesse à la jambe un appevillais pris pour un soldat allemand. Les allemands eux n’étaient pas encore aux portes du village.
Les soldats allemands ne s’installèrent pas à Appeville, ils venaient plusieurs fois par semaine dans la commune pour se ravitailler dans les fermes. Quelques fois ils y séjournaient quelques jours, Charles se souvient d’avoir vu des soldats arriver chez ses parents pour y réquisitionner plusieurs chambres. Ils se confectionnaient des lits de paille pour dormir et repartaient quelques jours après avoir tout remis en état.
Un souci de cette époque l’alimentation, les tickets de rationnement font leur apparition, ils sont distribués par la Mairie. La viande, le pain, le beurre, le tabac entre autres sont rationnés. Pour Roger le plus dur c’était le pain, il y en avait peu et de mauvaise qualité. Pour la viande c’était plus facile, on élevait des volailles surtout des lapins les animaux les plus facile à nourrir. Pour les poulets, les canards le blé manquait sauf dans les fermes qui se sont adaptés en se diversifiant, plus de céréales seront cultivées, le blé, l’orge, l’avoine et sarrasin. Les pommes de terre étaient difficiles à trouver, nous avons alors mangé des rutabagas raconte encore Roger. Légume pas toujours facile à digérer, « j’en ai encore le goût dans la bouche ». Des gens ont eu faim, conclut-il, il pense en particulier aux journaliers qui devaient nourrir leur famille. Pour pallier au manque cruel de certaines denrées comme partout en France les appevillais utilisent les mêmes recettes. Le café est remplacé par l’orge grillée, le tabac par du tabac vert (il ne murit pas en Normandie) ou de la paille d’avoine, etc.
Pénurie aussi pour l’essence, les pneus, les chambres à air, les chaussures. A cette époque peu d’automobiles à Appeville, elles resteront alors au garage. D’autant plus comme le raconte Charles que ses parents ont du dès le début de l’occupation remettre les roues et la batterie de leur auto aux allemands. La laiterie Lanquetot, elle, continuera la collecte du lait avec un camion équipé d’un gazogène. Pour les bicyclettes certains trouveront des solutions originales, la jante sera garnie de bouchons en liège le tout maintenu par un pneu lié avec de la ficelle. Le confort et la durée de vie de ce système avait ses limites. La marche à pied restait le moyen de déplacement obligé et le plus souvent en sabot faute de chaussures.
Pas d’occupation sans réquisitions, dès le début tous les habitants ont du remettre leurs fusils de chasse en mairie, la chasse était une activité pratiquée par nombre d’habitants avant guerre. La mairie se verra dans l’obligation de faire réaliser un râtelier. Beaucoup remettront la vieille pétoire et cacheront leur fusil principal en attendant des jours meilleurs. Les réquisitions les plus dommageables pour les appevillais seront les prélèvements réguliers de chevaux et de bovins. Les chevaux réquisitionnés avant d’être remis à l’occupant devaient subir un examen vétérinaire, visite à la charge de la commune. Chaque fermier conservera néanmoins un ou plusieurs chevaux pour travailler. Pour les bovins, c’est le garde-champêtre sous l’autorité du conseil municipal qui en fonction de la demande de l’armée allemande visitait les habitants pour les informer de la réquisition d’une de leur vache. La livraison à la Haye du Puits chef-lieu du canton incombait au propriétaire et c’est à pied que l’animal y était mené. Ces livraisons faisaient l’objet d’une faible rétribution. Pour les éleveurs les plus modestes la perte d’une vache sur un cheptel de 5 ou 6 aggravait encore plus leurs difficultés. La construction d’ouvrages de défenses pour parer à un débarquement des forces alliées a obligé l’armée allemande à recourir à de la main d’œuvre locale. Les appevillais comme les habitants des autres communes ont du y participer. Roger raconte : « deux fois par semaine je devais me rendre au château de Coigny alors occupé pour y creuser des abris ». Ensuite deux équipes d’appevillais (environ 50 personnes) seront réquisitionnés pour planter des pieux (asperges de Rommel) dans les herbages, ces ouvrages devaient empêcher l’atterrissage des parachutistes alliés. Plusieurs fois par semaines deux camions allemands venaient sur la place de l’église pour prendre les habitants réquisitionnés et les amener sur leur lieu de travail. Une équipe opérait dans les marais de Baupte et l’autre sur Appeville. Roger se souvient de quelques incidents qui ont émaillé ces corvées. La fois ou une équipe réunie au café chantait la Marseillaise à tue-tête alors que des soldats allemands étaient présents sur la place. Une autre fois un appevillais, qui creusait lentement un trou, gratifia d’un coup de bêche le pied d’un soldat allemand venu vérifier l’avancement de son travail. Ce même appevillais un peu plus tard déroba l’arme d’un soldat pour lui rendre ensuite. Ces deux derniers incidents s’ils provoquèrent une vive réaction des soldats allemands n’eurent pas de conséquences dramatiques. Roger explique cette absence de représailles par la composition des troupes locales, beaucoup de ces allemands avaient fait la première guerre mondiale et se montraient plus tolérants face aux anciens combattants. Le Maire dans un souci d’apaisement dispensa cet habitant de ces corvées.
C’est en 1943 que l’armée allemande pour améliorer la défense du Cotentin décide d’inonder les marais. Les portes à flots restent alors continuellement ouvertes et l’eau envahi les marais. La commune voit prés de la moitié de sa surface recouverte d’eau. La perte de ces pâturages bouleverse l’agriculture locale et ampute les recettes communales.
Cette même année voit l’arrivée de réfugiés dans plusieurs fermes. Ce sont des habitants de Baupte chassés par les bombardements réguliers du pont par les forces alliées. Le directeur de la cidrerie et des commerçants seront de ces réfugies. Ces derniers événements et les incursions de plus en plus fréquentes d’avions alliés feront espérer aux appevillais une libération prochaine, sans savoir que l’arrivée des libérateurs se fera sur les côtes voisines et dans leur ciel.




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